Utopies Vagabondes


Les Utopies Vagabondes sont le récit de mariages nomades. Elles témoignent de noces éphémères entre des sculptures virtuelles et les paysages vierges d’Islande. Ces œuvres marquent la rencontre du photographe et du sculpteur que je suis. Je les ai qualifiées d’utopies car elles n’existent que dans mon imaginaire. Vagabondes car leur liberté virtuelle leur offre le monde.

Ces photographies prennent tout leur sens lorsque la rencontre entre la sculpture imaginaire et le paysage réel crée un dialogue. Quand la sculpture souligne un trait marquant de l’environnement qui l’accueille. Qu’elle éclaire le regard vers un détail ou une ligne du paysage auxquels on ne prêtait pas attention. Les paysages autour de la lagune de Jökulsarlón, épurés par l’isolement de l’hiver, m’ont particulièrement inspiré. J’ai passé plusieurs jours à les parcourir. Découvrir leur personnalité. Moment singulier.

Agape par sa forme évoque un vase abstrait que remplit le ciel. Tout comme le cirque naturel que forment les lignes des collines qui unissent le glacier Vatnajökull à l’océan. Les Ailes du Silence prennent place au milieu d’un cercle de pierres clairsemées, qu’un angle de vue m’a révélé. Elles rendent hommage au Huldufólk (« peuple caché »), croyance des Islandais en la présence de forces naturelles invisibles, Elfes et autres Fées. Passage souligne, aux dernières heures de la nuit, les merveilleux jeux de réflexions créés par le miroir d’eau de la lagune de Jökulsarlón.
 

30 novembre 2014, carnet, extrait. Voyage vers l’Islande.

Sous les brumes matinales
La terre aux cent visages
Clairsemée de murmures

Murmures sur une mer de nuages
Rêverie sur les ailes d'un voyage
Au loin un avion
Sa couture de fil blanc

Blanc bleu
La terre vue des cieux
Silencieux poème
Loin des hommes
En absence
 

7 Décembre 2014, carnet, extrait. Voyage retour d’Islande.

Je quitte l'Islande sur une mer de nuages. J'ai tant reçu de cette terre que mon regard s'y perd. Quiétude. Dans ma besace, comme un trésor, la chaleur de l'hiver. Chaleur d'un peuple où l'imaginaire règne en magicien généreux. Chaleur d'une terre neuve portée par le feu. Intimement riche de ses puissants éléments.

Reynisfjara et Dyrholaey. Sur les falaises de l'oubli veillent les gardiens de nos nuits. Dans la neige et la tempête j'ai vu la mer faire l'amour avec le ciel. Amants mêlés dans les draps blancs de la brume perlée d'embruns.

Jökulsarlon. L'océan puissant disperse dans son infini les vestiges séculaires des glaces éparses. Vatnajökull se meurt lentement. Craquent en silence ses larmes bleues dans la lagune. La planète se réchauffe sous le regard indifférent des photographes.

Solstice aux portes de l'Arctique. Le soleil d'hiver caresse le jour. Timide comme un espoir. Il n'ose quitter l'horizon. Respiration solitaire quelques heures brèves avant de replonger comme un souvenir. Cette esquisse de lumière est si différente de ma Méditerranée radieuse, de son tempérament aux accents saillants. Elle offre ses nuances douces, ses compromis tons sur tons où la palette des bleus semble inépuisable. Tout met en lumière un autre regard. La délicatesse des ombres portées. Les transparences sur la glace. Un regard où la nuit souffle sa rumeur au creux du jour. Une présence nimbée d’absence. Quand la lumière extérieure se fond avec notre lumière intérieure.

Ici les Elfes habitent le coeur des hommes. Ces Gardiens éternels sauront-ils les préserver des sirènes du tourisme ? L'Islande est l'arche de Noé de notre vieille Terre. Réserve insoumise loin des excès d'une humanité asservie au progrès à tout prix. Hormis l'agitation de Reykjavik les horizons déserts sont un hymne à la sobriété heureuse de Pierre Rabhi. Ici plus qu'ailleurs la nature reste un Temple. Laïque, sans murs ni dogmes. Tout en Correspondances, sans préjugés ni Fleurs du Mal.

Je pense à Chillida. A la force extraordinaire de ses Peignes du Vent suspendus aux rochers de San Sebastian. Au milieu de l'immensité sans arbres j'envisage des sculptures nomades. Utopies vagabondes célébrant le vide des espaces vierges. Noces éphémères de l'imaginaire et des Éléments. L'Islande appelle le mariage du photographe et du sculpteur qui respirent en moi. Créer des œuvres et les placer avec justesse et humilité. Comme un acupuncteur. Des installations oniriques où circulerait la force sur la peau de la terre. Création engagée respectueuse de l'intégrité des lieux. Militant pour un art à contre-sens, explorant les contrées vierges de la sculpture numérique. Assumant une quête d'harmonie. Une poésie nomade. La semence d'un regard libre.