Mandalas


Je me souviens de ma surprise lorsque j’ai dressé le premier mandala de cristal. Douceur en apesanteur des lumières diffractées. Danse éclairée autour des reliefs des sphères habillées de ces grains accidentés. Les perles de calcin respiraient comme des embruns illuminés par leur nouvelle jeunesse. Et cette envie de multiplier les cristaux. De perdre mon regard sur une canopée de chandelles. Un ciel clairsemé de ces diadèmes de lumière. Un chemin de transparence.

La cristallerie s’active. Sur une plaque d’acier, esseulés face au four où fond le cristal, quelques morceaux de cristaux froissés par l’oubli. Celui que l’on réserve à ce qui ne sert plus. Au désuet. Au suranné. A l’imparfait. Le calcin, ce résidu de cristal, attend de recouvrer la dignité que seule confère l’attention. Je pose sur ce lit de grains émiettés l’espoir d’une nouvelle forme. D’un geste par lequel le défraîchi sera transfiguré en création. Transformer nos rebuts en œuvre d’art est un geste de poésie. C’est proposer un autre regard sur un monde consumériste qui se doit d’évoluer. Pour offrir une vie nouvelle à ce qui ne sert plus. Il est essentiel pour notre avenir d’apprendre à utiliser nos déchets. Je travaille dans une cristallerie qui n’utilise que de la matière recyclée. Avec Mandala j’ai voulu créer des œuvres à partir du calcin (ou groisil), ce résidu de cristal broyé et nettoyé, utilisé dans les fours en remplacement de la matière première. Le calcin permet d’économiser l’usage de silice, mais aussi de différents composants chimiques dont l’oxyde de plomb qui constitue près du quart du cristal. Le travail du feu féconde d’un souffle nouveau le matériau qui se transforme. Dans l’acier comme dans le cristal il élimine les impuretés et libère la matière de la forme qui l’emprisonnait. Il lui offre un nouveau visage. Une nouvelle chance.

Mandala est un terme sanskrit qui signifie cercle. Il symbolise le monde et sert de support de méditation ou de rituels chez les bouddhistes et les hindouistes. Dans la culture tibétaine le Mandala est une construction de sable ou de riz qui est détruite et offerte en offrande lorsqu’elle est terminée. Image d’un monde éphémère. Célébration de l’impermanence. Volonté de ne pas s’attacher au matériel. Je me sens libre de toute obédience religieuse ou de tout courant spirituel. Mais certains symboles sacrés sont porteurs d’une beauté qui m’émeut et dépasse tout enfermement dans des dogmes ou croyances. Je ressens cela avec de nombreux lieux sacrés. Les chapelles notamment. Les cathédrales souvent. Les temples bouddhistes, particulièrement ceux du Myanmar. Avec de nombreux objets sacrés, dont ceux d’Océanie et d’Asie. Ils nous parlent d’une profondeur et d’une délicatesse dans l’humanité. D’une envie de s’élever. De donner. De faire vibrer. J’aime l’humilité des mandalas tibétains. Difficile de ne pas mettre en regard ce travail de création, anonyme et éphémère, et le monde de l’art contemporain, qui cultive des valeurs si différentes…