Les Graines du Temps

Au milieu des grues et quartiers d’affaires j’ai semé une trace poétique rappelant la nature. Comme une mémoire. Un rappel du caractère fleurissant de la vie.

Début 2014 je me suis retrouvé à réfléchir à une œuvre sur un immense terrain vague où des grues construisaient le premier bâtiment d’un nouveau quartier : le Ban de Gasperich, au sud de la ville de Luxembourg. Transformation majeure pour cet environnement en friche où la nature avait pris ses habitudes. Projet au long cours, où l’échelle du temps se mesure en décennie. J’aimais le fait que ce premier édifice accueille une académie d’entreprise, faisant de ce lieu un espace de transformation, d’acquisition de nouvelles connaissances. Même dans les métiers les plus rationnels et analytiques, les périodes d’apprentissage sont une occasion de s’initier à de nouvelles valeurs.

J’ai travaillé sur l’idée d’une fleur géante ouverte vers l’espace, unissant la terre et le ciel. Hommage à la nature qui s’effaçait humblement. Hommage aux forces de transformation qui accompagnent le monde. En son centre, comme une pluie de grains, promesses symboliques d’une élévation. Celle des femmes et des hommes qui passent par cette académie.

J’ai appelé cette œuvre Seeds of Time. Référence à Macbeth. Cette œuvre de Shakespeare nous parle du vide de vies limitées à des ambitions matérielles. Centrées sur l’insatiable soif du verbe « avoir ». Elle est révélatrice du besoin de l’homme de dialoguer avec des dimensions qui le dépassent. "If you can look into the seeds of time, / And say which grain will grow and which will not, / Speak then to me". Le rapport au transcendant est trop souvent régi par nos peurs ou notre orgueil. Craindre ou vouloir. Demander une protection ou la réalisation d’ambitions. Shakespeare met Macbeth et Banquo en présence de sorcières. L’idée même de la « sorcière » semble trouver son origine dans une projection du mental, qui personnalise sa peur de ce qu’il ne comprend pas dans une vision manichéenne où les forces surnaturelles s’amuseraient avec le destin des hommes. Heureusement l’intelligence de la vie offre des possibilités beaucoup plus généreuses. Les forces sous-jacentes qui nous accompagnent sont comme un miroir : elles nous renvoient l’image de ce que nous sommes inconsciemment. Macbeth voit des sorcières là où Hildegarde de Bingen voyait les forces universelles de la nature capables d’aider à soigner les êtres.

L’impermanence est comme la vague qui vient user les certitudes de la rive séculaire. Elle nous met en mouvement et nous façonne pour provoquer une mue. Pour que s’érodent les peaux mortes des peurs, de l’ego, du pouvoir et autres illusions mentales qui enferment notre être dans une vie étroite. Le changement est une porte ouverte sur de nouvelles valeurs. Celle d’un être plus expérimenté. Plus juste. Capable d’explorer ce que Henri Michaux appelait « l’espace du dedans ».