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Un livre sur les sculptures de Stéphane Guiran : des exquis mots pour le dire Né
en 1968 (un "évènement" déjà…),
venu à la création il y a peu (diriger la vie des autres
ou digérer la sienne, il faut choisir…), Stéphane
Guiran cherchait comment dire (après comment taire) sa sensibilité
artistique. "La sculpture m'a ouvert la voix", confesse
t-il dans ce livre qui retrace un an passé dans un atelier-squatt
de Barcelone. Et il n'y a pas là, faute d'orthographe, puisque,
sous la tension, pour nous, il avoue : "J'ai essayé de
sculpter l'Esprit. Voire l'attention. Et les mots. Si vous saviez. J'adore
les mots. Les travestir. Les dessouder. Les mélanger en surprises
trébuchantes". En effet, on est fait : entrer dans ce
livre d'Artiste, écrit par lui-même, est une réelle
surprise ! On y "trébuche" bien à chaque ligne
(qu'il faut donc très bûcher), tant ce Plasticien-Ecrivain
joue magistralement sur presque tous les mots composant les petites historiettes,
contes, notules, poésies, etc., qui accompagnent très discrètement,
au fil des pages, les photos de ses œuvres. Un être duel, Junguien, où l'un est "veilleur de jour", l'autre "éveilleur de Nuit", et qui, fine lame ("Lames sœurs", évidemment), se fait payer en "monnaie de songe". Duel(les) aussi comme ses sculptures, fines, élancées, hiératiques, spiritualistes (autrement dit, par "Gonzague", l'alter ego de l'Artiste, enfant, qu'il fait parfois intervenir dans le texte ; "Dis, pourquoi tu fais des frites ?"), réalisées avec 2 sortes de métaux, toujours soudés, meulés, travaillés longuement et amoureusement, et hésitant entre équilibre et mouvement, terre et ciel, ombre et lumière, Vie et Mort. Alors, après
s'être comparé à Prométhée (car lui
aussi a eu "les foies" , avec l'huile de morue récurrente
de sa jeunesse) et à Sisyphe, puisque la réalisation de
cet ouvrage a été pour lui "un boulet", et qu'il
est dorénavant "au pied du mûr" (une autre
de ses sculptures s'intitule même : "Fin de Moi - difficile
-"…), peut-il enfin interpeller cette sorte de "Dark
Vador appuyé sur sa vraie faux", et lui dire (lui écrire,
en l'occurrence ; c'est mieux d'entendre l'écrit!): "Maintenant
que nous sommes en contes, Mort, sous la plume, plus rien ne presse".
En effet, par la simplissime beauté de ses reproductions pleines pages, par l'incroyable modestie de la "forme" imprimée de ses écrits au regard de la profondeur de leur "fond", par son aspect extrêmement sobre, cet ouvrage lumineux redonne au lecteur -comme le dirait "Gonzague"- vraiment "la frite"… ! Car à une époque où sévit partout la clinquante viduité tant des objets de consommation que des sujets de pensée, ce livre montre que l'édition d'Art peut ne pas être qu'un simple dépliant publicitaire. A fortiori lorsque, à sa lecture, comme avec Stéphane Guiran, on atteint parfois, malgré une apparente légèreté, une humanité tout simplement bouleversante.
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